A LA TRES HAUTE ATTENTION  DE
SA MAJESTE LE ROI PERE
PREAH KARUNA SAMDECH PREAH NORODOM SIHANOUK

Résidence Royale
Beijing
République Populaire de Chine

Paris, le 7 novembre 2009


Preah Karuna vénéré,

Permettez-moi de Vous soumettre très humblement quelques informations sur la situation à certains endroits le long de la frontière avec le Vietnam que j’ai eu l’occasion de visiter récemment en tant que parlementaire.

J’ai toujours gardé au fond de mon âme l’idéal patriotique que Vous avez insufflé à Vos invités lors de la réunion du Conseil National Suprême Chargé des Affaires de Frontières qui s’est déroulée à la Résidence Royale de Beijing le 11 mai 2005.

Au cours d’un Kathen auquel j’ai participé le 25 octobre 2009 à la pagode Ang Romdenh située près de la frontière vietnamienne, au phum Koh Kban Kandal, khum Samraong, srok Chantrea, khet Svay Rieng, j’ai rencontré des dizaines de villageois khmers qui appellent leurs dirigeants et représentants à l’aide parce qu’ils sont en train de perdre leurs rizières au profit de leurs voisins vietnamiens.

Ils disent que des "équipes mixtes" (généralement six ou sept Vietnamiens pour un Cambodgien) sont venues à plusieurs reprises cette année sur leurs rizières pour prendre toutes sortes de mesures et faire toutes sortes de relevés auxquels nos villageois ne comprennent rien. Mais le résultat de ces mesures et relevés complexes aboutissent invariablement au même résultat: le déplacement des bornes frontalières vers l’intérieur du territoire cambodgien, ce qui concrètement signifie la perte de dizaines d’hectares de rizières pour les habitants du seul village de Koh Kban Kandal.

Ce processus de re-délimitation de la frontière qui manque totalement de transparence, se poursuit tous les jours et continue de faire des victimes cambodgiennes tous les jours. De nouvelles bornes en béton sont en voie d’érection. Elles sont souvent précédées de simples pieux en bois servant de repères pour délimiter préalablement ou parallèlement une "zone blanche", sorte de no man’s land auquel les paysans khmers n’ont plus accès alors que c’était leurs rizières il y a seulement quelques mois.

J’ai vu ces injustices de mes propres yeux et entendu les doléances de nos paysans de mes propres oreilles. Les villageois m’ont demandé de transmettre respectueusement leur  supplique, ô combien émouvante, à Sa Majesté le Roi et aussi à Preah Karuna vénéré qu’ils implorent en Votre qualité de Père de la Nation, Père de l’Indépendance Nationale et Père de l’Intégrité Territoriale du Royaume. 

Je comprends la colère de nos villageois quand, après m’avoir conduit jusqu’à leurs rizières encore inondées en cette saison et après avoir crié leur douleur, ils ont arraché devant mes yeux quelques pieux en bois, symboles de l’injustice, plantés au milieu de leurs terres ancestrales.

Daignez agréer, Preah Karuna vénéré, l'expression de ma plus profonde gratitude et de mon indéfectible dévouement.

Sam Rainsy

 

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